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Evènement | le 6 septembre 2018

Le modèle des mutuelles est très ancien et s’il existe encore aujourd’hui, c’est qu’il a su s’adapter au fil du temps. La question posée à l’occasion d’une conférence auprès des élus MACIF de la CFDT en ce mois de septembre par Sonia Capelli, Professeure à l’iaelyon et co-responsable de la chaire Lyon3 Coopération, est de savoir ce que ce modèle mutualiste pourrait être demain.

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va

La plupart des grandes coopératives et mutuelles s’interrogent actuellement sur leurs spécificités et sur les façons de le concrétiser à l’avenir. Cependant, afin de savoir où aller, il faut savoir d’où l’on vient. Les coopératives et mutuelles sont des entreprises qui appartiennent à leurs membres, impliqués dans leur activité et non à des actionnaires qui investissent en vue d’un retour financier. Ces membres peuvent notamment être des consommateurs qui s’allient pour acheter des produits et des services.

Les coopératives : une organisation très ancienne. Les premières traces de ces regroupements de membres pour accéder à une offre de marché dont ils étaient privés jusqu’alors remontent à l’Egypte Ancienne afin de financer les couteux rites funéraires. En France, ce sont les canuts lyonnais, qui, en 1828, ont créé la première mutuelle, « la société du devoir mutuel » qui avait pour vocation d’acheter mutuellement des biens pour le ménage, et ainsi d’en bénéficier à plus bas prix pour les adhérents. A l’origine, la mission de la coopérative de consommateurs et des mutuelles est donc de permettre à des populations défavorisées d’accéder à la consommation. Ces entreprises servent donc un objectif social dans le sens où elles améliorent les conditions de vie des plus démunis. Ce ne sont pas ses membres qui sont motivés par un objectif social (un canut qui adhère à la Société du Devoir Mutuel le fait avant tout pour pouvoir nourrir sa famille) mais bien l’activité même de l’entreprise.

Les coopératives aujourd’hui. Le développement des économies occidentales s’est accompagné d’un accès à la consommation de masse remettant en cause la mission des coopératives et des mutuelles : si les populations défavorisées accèdent désormais aux offres de toutes les entreprises, en quoi la mission des coopératives et des mutuelles a-t-elle encore un sens ? Ainsi, le modèle a su s’adapter et peu à peu un glissement s’est opéré : la mission des coopératives et des mutuelles dans les économies occidentales est devenue de concilier un objectif social et un objectif économique. Dans ce cadre, les grandes coopératives et mutuelles qui ciblent l’ensemble de la population servent-elles encore une mission sociale ? En quoi cette mission est-elle encore différente de celles des entreprises capitalistiques qui peuvent très bien agir de façon socialement responsable ?

Deux chemins pour l’avenir des coopératives et des mutuelles

Par conséquent, les coopératives et mutuelles questionnent l’évolution de leur modèle aujourd’hui.
Deux grandes conceptions se dessinent aujourd’hui.

D’une part, une approche démocratique se dessine, dans laquelle les coopératives et mutuelles sont socialement responsables si leurs membres le sont. Dans cette vision, c’est la motivation des membres qui détermine la stratégie de l’entreprise. C’est la communauté des membres qui décide comment s’organise la mission sociale de l’entreprise. Ainsi, dans cette conception, la mission sociale de l’entreprise sera plutôt orientée vers ses membres (communautarisme).

D’autre part, une approche plus ancrée dans la définition de l’Economie Sociale et Solidaire s’oppose à l’approche démocratique. Au sein de cette approche, les coopératives et les mutuelles sont socialement responsables par leur mission. Les membres qui les rejoignent le font car ils adhèrent aux valeurs sociales de l’entreprise. Ce modèle est donc plutôt basé sur l’humanisme que sur le communautarisme. C’est celui qui a amené la loi française à inclure toutes les coopératives et les mutuelles sans distinction au sein de l’économie sociale et solidaire dans le texte de loi de 2014 (loi dire « loi Hamon »).

Le domaine bancaire français permet d’illustrer ces deux approches. Le Crédit Coopératif, qui restreint sa clientèle à des clients qui veulent que leurs placements profitent à des populations défavorisées en prônant des valeurs de solidarité, adopte une approche ESS du modèle. Le Crédit Agricole, qui organise historiquement la solidarité entre les agriculteurs, conserve encore aujourd’hui une approche plus démocratique axée sur sa communauté de membres (ses sociétaires) qui s’adresse à une cible très large en mettant en avant une solidarité envers les territoires dans lesquels évoluent ses mêmes clients.
Les managers des organisations coopératives et mutualistes sont donc à la croisée des chemins et doivent impulser un nouveau souffle à leur modèle s’ils veulent vraiment faire de leur gouvernance un élément de différenciation par rapport à leurs concurrents. Les travaux de recherche de la chaire Lyon3 Coopération permettent de mettre en parallèle les visions des élus et les attentes des clients-membres des coopératives et des mutuelles pour construire une vision de ces entreprises demain et guider leurs évolutions prochaines.

INFOS PRATIQUES

Type

Conférence

Université de Lyon